France M.

23,00
par (Libraire)
30 juin 2022

L’étrange traversée du Saardam est le deuxième roman de Stuart Turton, auteur qui avait marqué les ventes en 2020 avec Les Sept morts d'Evelyn Hardcastle. Pour ceux qui ne s’y seraient pas penchés, Les Sept morts d’Evelyn Hardcastle est un roman à mi-chemin entre le polar et le fantastique, où le personnage principal revit le jour du meurtre à travers les yeux de différents personnages, afin de récolter suffisamment d’indices pour élucider le crime. Si le roman était bien construit, il souffrait néanmoins de quelques côtés pouvant être rédhibitoires pour le lecteur : une (grosse) flopée de personnages et une intrigue non-linéaire qui demande une certaine gymnastique mentale pour qui est non coutumier de l’exercice : essayer de se rappeler sans cesse ce qu’il s’est passé le même jour, au même moment, mais pour un autre personnage dont on a lu la journée 300 pages avant, peut être fatiguant. Avec L’étrange traversée du Saardam, Stuart Turton revient à une narration classique, et le nombre de personnages est plus léger (on pourra toujours se référer à la liste des passagers imprimée sur le rabat du livre si nécessaire).

En 1634, le Saardam quitte Batavia avec à son bord un petit monde hétéroclite : un équipage peu scrupuleux ; un gouverneur, sa femme ainsi que leur fille, génie en puissance ; Samuel Pipps, un détective renommé qui embarque en tant que prisonnier sans que personne ne sache pourquoi, et son ami Hayes, qui se fait un devoir de veiller sur lui ; un prédicateur et sa pupille ; une marchandise mystérieuse qui occupe la moitié de la cale. Ajoutez à cela la perspective d'une traversée éprouvante de plusieurs mois, un lépreux qui, bien qu’on lui ai coupé la langue, proclame avant même l’embarquement que l’expédition est vouée au désastre, un symbole maudit qui apparaît sur la voile alors qu’elle est déployée, une étrange lanterne qui apparaît dans la nuit là où l’océan devrait être vide,… Autant d’éléments qui font monter peu à peu la tension. L’intrigue semble très vite liée à une chasse au démon ayant eu lieu des années auparavant, et l’auteur sème le doute, contrairement à son précédent roman où le fantastique était admis de base : ici, le lecteur, comme les passagers, aura sa propre opinion sur l’origine des évènements étrangers qui ont lieu sur le bateau – un vrai démon est-il à l’œuvre ou est-ce l’un des passagers ? Si oui, comment opère-t-il, et surtout, qui est-ce ?

Le respect de l’époque où se déroule l’histoire n’est sans doute pas total – de l’aveu de l’auteur lui-même, en fin de livre – mais l’immersion est tout de même réussie, que ce soit sur les détails techniques de la traversée ou sur les rapports humains : les passagers sont un microcosme de la société de l’époque, ils subissent des différences de traitement selon leur rang et leurs rapports de force, dans un espace aussi réduit, sont mis en évidence. Les personnages principaux ont tous un caractère bien marqué, loin d’être fades ; certains sont attachants, d’autres détestables, et tous détiennent finalement des petits secrets.

Au final, tout cela se lit tout seul, la montée en puissance de l’intrigue est bien menée, et c’est avec impatience que j’ai attendu la révélation finale, que je n’avais honnêtement pas vue venir. La conclusion est franchement satisfaisante ; ce que Stuart Turton avait tenté avec Evelyn Hardcastle se retrouve ici, mais en mieux ! En somme, un très bon moment de lecture que je vous conseille vivement !

par (Libraire)
9 juin 2022

En France, la publication de la Trilogie des Poudremages n’en est pas à son premier coup d’essai : le tome 1 avait été publié en 2014 dans la collection Eclipse, désormais disparue, et la publication des tomes suivants fut tout bonnement annulée, laissant le lecteur francophone sans la suite. C’est donc une bonne nouvelle que les éditions Leha reprennent la publication complète de la trilogie, avec le second tome prévu pour septembre de cette année.

Après tout, la trilogie a eu son petit succès outre-atlantique, au point de rafler un David Gemmel Award et des retours positifs de la part des lecteurs anglophones. Surtout, le lecteur français est plus que susceptible de se retrouver dans l’univers des Poudremages. Plaçant son intrigue dans le monde certes fictif d’Adro, l’auteur s’est clairement inspiré de la révolution française. Les premières pages donnent le ton : le Maréchal Tamas, après avoir fomenté un coup d’état contre le roi Manhouch avec divers alliés, envoie ensuite tout ce beau monde à la guillotine - le roi, sa famille, et les nobles en général.
Et bien sûr, tout ne s’arrête pas magiquement après l’exécution de tout ce beau monde : il faut ensuite maîtriser un pays en proie à des déchirements internes, ainsi que contrer les possibles attaques des pays frontaliers. L’occasion pour l’auteur de nous balader entre différents points de vue : celui de Tamas bien sûr, Poudremage de son état, une catégorie de personnes capables d’interagir avec la poudre ; celui de son fils Taniel, lancé à la poursuite d’une privilégiée, de puissants magiciens ; celui d’Adamat, un enquêteur chargé par Tamas de résoudre l’énigme d’une prophétie qui évoque ni plus ni moins que la fin du monde et le retour de Dieux sur Terre.
L’univers foisonne, mais avoir repris le point de vue de ces quelques personnages permet une découverte en douceur des différentes subtilités du monde, des rapports de force qui entrent en jeu. Le récit ne manque pas non plus de personnages secondaires attachants – on pensera notamment à Ka-Poel, une rescapée des pays sauvages, énigmatique au possible, qui accompagne Taniel en permanence.
Brian McClellan fait montre d’une belle maîtrise du déroulé de l’intrigue, l’univers et les rapports de force qui le sous-tendent sont réellement convaincants, et les scènes finales, puissantes, sont tout bonnement excellentes. Trilogie oblige, la dernière page nous laisse avec de nombreuses questions, et donc avec une attente qui paraît bien trop longue d’ici le prochain tome. Une belle réussite dont on attend la suite avec impatience !

Lumen

16,00
par (Libraire)
12 mai 2022

Olivia est une adolescente qui, abandonnée à la naissance, ne connaît du monde que l’orphelinat où elle a grandi. Muette, elle est aussi capable de voir ce qu’elle appelle des goules – des fantômes en somme. La seule chose qui lui reste de sa mère est un journal, parfois cryptique et constellé de dessins indéchiffrables. Il contient entre autres un conseil : Olivia sera en sécurité tant qu’elle restera éloignée de Gallant. Et alors qu’elle pensait n’avoir aucune famille, voilà qu’elle reçoit une lettre de son oncle qui l’invite à venir vivre avec lui, dans son manoir, qui se nomme Gallant. Ravie toutefois de pouvoir quitter l’orphelinat, Olivia perd vite ses illusions lorsqu’elle reçoit, au manoir, la nouvelle que son oncle est mort ainsi qu’un accueil glacial de la part de son cousin. Elle remarque également que le mur en ruines qui longe le jardin de la propriété semble être au centre de la vie des habitants du manoir...

Gallant est un roman très atmosphérique et très vivant dans ses descriptions – il est de ce point de vue une réussite. Là où l’orphelinat semble toujours voilé d’une brume grisâtre, Gallant et son jardin est longuement décrit comme un endroit coloré – ce jeu de couleurs est d’ailleurs justifié par la suite de l’histoire. L’autre monde, celui de l’autre côté du mur, est par contraste sombre et uniforme. Olivia est un personnage fort et attachant, avec un lourd héritage qu’elle apprendra à comprendre au fur et à mesure de l’histoire, de par ses découvertes et une meilleure compréhension du journal de sa mère - omniprésent au point que plusieurs pages, graphiquement agréables à l’oeil, en soient reproduites dans le livre. Sa capacité à voir les goules, dans un monde en lisière du nôtre, rend l’atmosphère particulière et pesante. Les autres personnages sont réussis, du cousin pour lequel la responsabilité du manoir pèse de plus en plus, au couple de domestiques attachants.

Si la fin est peut-être un peu expéditive, Gallant est un roman qui suivra le lecteur bien après avoir fini le livre.

Kouji Mori

Vega Manga

8,00
par (Libraire)
31 mars 2022

Après Suicide Island, manga sur le thème de la survie en milieu naturel, Kouji Mori remet le couvert pour nous servir cette fois un manga toujours sur le thème de la survie, mais à l'époque de Néandertal et de l'homo sapiens.

Taiga et ses amis, tous étudiants en anthropologie, sont en voyage en Australie dans le but de prendre une pause avant la fin de leurs études, et réfléchir par la même occasion au sujet de leur thèse. C'est alors qu'ils font la découverte d'une grotte qui n'est pas référencée sur les cartes de la région, grotte dans laquelle ils vont découvrir des peintures rupestres. Suite à un éboulement, ils vont se retrouver plongés dans un nouveau monde, à plusieurs milliers d'années de leur époque d'origine.

Ils devront se débrouiller pour survivre à la soif et à la faim, mais aussi aux prédateurs, le pire d'entre eux étant l'homme lui même.

J'ai Lu

8,10
par (Libraire)
24 mars 2022

L’histoire est celle de Richard, londonien tout ce qu’il y a de plus normal : travail de bureau, fiancée un tantinet dirigiste, humble appartement. Jusqu’au jour où il se heurte en pleine rue à Porte, une jeune fille blessée, seule rescapée de sa famille qui vient d’être brutalement assassinée, et qu’il décide de lui apporter son aide. Des choses étranges se produisent alors : son entourage semble oublier jusqu’à son existence, il se retrouve poursuivi par deux tueurs qui cherchent Porte, et il découvre, sous Londres, un monde peuplé de vagabonds qui parlent aux rats et de toute une société magique. Parce qu’il espère que cela l’aidera à retrouver son ancienne vie, il se lance dans une quête pour aider Porte à retrouver les assassins de son père.

Neverwhere a tout d’abord été une série, éditée par la BBC en 1996, dont le tournage a été jugé bien trop frustrant pour Gaiman : entre détails impossibles à inclure et déviations du scénario, il a donc décidé d’en faire un roman, qui sortira la même année que la série.

Et il aurait été dommage de passer à côté de l’imagination prolifique de l’auteur ! Le monde du « Londres d’en bas » est très réussi : il est peuplé de personnages hauts en couleurs, en partie liés au métro de Londres et aux noms de ses stations (il y a réellement des moines à la station Blackfriars ; on trouve un ange du nom d’Islington dans le quartier The Angel du district d’Islington…) ; un mystérieux « Marché flottant » y est régulièrement organisé dans des lieux improbables – par exemple au sein même de l’abbaye de Westminster. Vandemar et Croup, les deux tueurs aux trousses de Richard et Porte, ont quelque chose de burtonien dans leur attitude cruelle jusqu’à l’absurde qui les rendrait presque sympathiques.

S’il est un voyage extrêmement plaisant, Neverwhere est également une certaine critique de la société : après tout, les mendiants sont tout simplement invisibles aux yeux des gens du « Londres d’en-haut ». Richard est un homme ordinaire, voire ennuyeux, et s’il semble tout d’abord un peu amorphe aux yeux du lecteur, il trouvera finalement davantage sa place dans cet univers où l’ennui d’une vie normale n’a pas lieu d’être. Neverwhere est une réussite à tous points de vue : dans l’univers foisonnant qu’il propose, dans la réflexion qu’il nous amène à faire à propos de nos vies. Enfin, il fut l’un des premiers livres de fantasy urbaine traduit en France, en 1998, et continue à se vendre régulièrement – une référence dans ce domaine qui, 24 ans plus tard, n’a pas pris une ride.