Albertine

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Sous le pseudonyme d'Albertine, hommage à Marcel Proust, se dissimule une Joëlle passionnée de lecture depuis l'enfance. Mon appétit d'ogresse pour les mots, les histoires, les voyages à travers les pages ne s'est pas atténué avec les années. Je marche au coup de cœur, guidée par ma curiosité qui m'incite toujours à découvrir de nouveaux écrivains, à explorer de nouveaux genres. Je navigue entre romans policiers, fresques historiques, livres feel-good et essais sur l'actualité, au gré de mes humeurs et des rencontres avec certains auteurs. Participer à Dialogues Croisés, c'est partager ce bonheur de lire et avoir l'opportunité de mettre dans la lumière des « pépites » littéraires.

Flaubert est un blaireau
9 août 2010

Une pédagogie buissonnière...

Coïncidence amusante, l'auteur est des Côtes d'Armor et a effectué sa scolarité au collège Saint-Joseph de Lannion, ville où je "sévis" en tant que professeur. Le livre-témoignage d'Alain Chopin m'a intéressée à plus d'un titre. Il évoque en de très courts chapitres les élèves qui l'ont marqué pendant sa carrière. Ces portraits, juste esquissés, nous font parfois sourire, parfois rire, parfois rire jaune quand l'enseignant ne parvient pas à nouer de relations avec un adolescent et se trouve dans une impasse qui se solde souvent par une sanction, voire un renvoi.

Alain Chopin a enseigné en lycée professionnel dans le Nord de la France mais les élèves qu'il décrit ressemblent beaucoup à nos collégiens en classe de Troisième. L'homme a visiblement toujours eu à coeur de considérer les adolescents comme des individus à part entière et pas seulement des "apprenants" pour employer le vocabulaire technique des IUFM.

Il a su se défaire des cours carcans préparés minutieusement avant d'aller affronter une classe : un texte bardé de commentaires, de questionnaires et une parole confisquée par le "maître", ce qui permet d'éviter toute remarque intempestive de la part des éléments jugés perturbateurs. Il prend le risque de laisser parler les élèves face aux oeuvres, il met en place un dispositif souple pour que leurs interventions prennent place dans l'heure de cours, voire fassent avancer le cours.

Depuis quelques années, c'est aussi la démarche qui est la mienne mais elle suppose du répondant, de l'expérience et d'être capable de récupérer une classe qui, pardonnez l'expression, part en vrille. Elle suppose un amour de sa matière, un sens du contact, une volonté permanente d'innover et tous les enseignants ne sont pas prêts, n'osent pas tenter cette approche. Quelqu'uns pensent même qu'elle n'est pas appropriée et ne correspond pas à l'essence de notre métier. Je ne leur jetterai pas la pierre, chacun fait avec sa personnalité. Ce métier est devenu trop difficile pour porter des jugements péromptoires sur la manière d'enseigner des collègues.

La posface démarre par cette phrase " C'est une rencontre... Avec de jeunes garçons et filles." Je suis d'accord, chaque rentrée est placée sous le signe de la nouveauté et il faut qu'il y ait vraiment rencontre, c'est à dire des liens qui se créent pour que naisse la possibilité de travailler ensemble ou comme Alain Chopin le dit très bien : "privilégier plutôt la relation, l'échange, favoriser l'émergence du sens, en direct, dans le cadre de la classe, penser ensemble, le professeur et ses élèves, pour que la curiosité des uns et des autres puisse se manifester, pour que l'ennui dont souffrent tant de nos élèves s'efface un peu, au profit du plaisir de chercher, de trouver avec les autres, de se découvrir intelligents ensemble."

Se découvrir intelligents ensemble, c'est beau non ?

Ali Smith

Editions de l'Olivier

9 août 2010

Perplexité, j'écris ton nom...

J'espère que Paul Eluard ne m'en voudra pas d'avoir un peu détourné son "Liberté, j'écris ton nom" d'anthologie. C'est pour le besoin de la cause et la caution culturelle ( Ce modeste salon est tenu par une femme de Lettres... Si, si ! Derrière la "fofolle" se cache un puits de littérature...)

Ce livre m'a laissée, vous l'avez deviné, dubitative. L'histoire, résumée à grands traits, pourrait donner ceci : deux soeurs Anthéa et Midge travaillent pour une multinationale écossaise PURE. Elles découvrent l'une après l'autre que notre société est sous la coupe de ces géants de la distribution dont l'objectif est de nous faire consommer un maximum. Ecoeurées par ce constat, elles quittent leur emploi et entreprennent d'alerter la population sur les dangers de l'uniformisation de nos vies par le biais d'achats similaires dans tous les foyers.

(petit aparté : je ne remettrai plus jamais les pieds chez Ikéa et pourtant... on y trouve de jolis tissus ! Je ne serai plus un mouton... jusqu'à la prochaine fois ! )

En parallèle, Anthéa découvre son homosexualité et Midge, plutôt garçon manqué, trouve l'amour auprès d'un garçon plutôt fille manquée. Là encore, l'on sent le plaidoyer pour le droit à la différence, plaidoyer tout à fait légitime mais parfois un peu "lourd".

Sur cette base narrative, l'auteur semble se livrer à des gammes : quelques pages poétiques sur les amours lesbiennes, d'autres plus argumentatives sur l'aspect pernicieux de la publicité, d'autres encore où les pensées de Midge nous sont livrées en flux continu. Ali Smith s'efforce de donner une cohérence à l'ensemble sous la forme de quatre chapitres dont les titres : MOI, TOI, NOUS, EUX sont un bon exemple de minimalisme littéraire.

Cet OVNI ne m'a pas convaincue malgré les cinq citations initiales prometteuses. La dernière "Ne pratiquez que l'impossible" me plaît beaucoup. Elle est de John Lyly mais pourrait appartenir à René Char.

Surveillez vos arrières
9 août 2010

Dortmunder, tu es le meilleur !

Dans ce roman, j'ai retrouvé la fine équipe du cambrioleur qui a la poisse, John Dortmunder. Lui et ses acolytes me font toujours penser au groupe de bras cassés que Woody Allen met en scène dans "Escrocs mais pas trop" (mon film culte !). Cette fois-ci, le casse envisagé n'occupe pas vraiment les esprits de nos voleurs. Ils se soucient davantage de voir que leur quartier général le O-J bar est tombé sous la coupe de la Mafia. Vous n'imaginez pas le bouleversement pour John et ses copains : ils préparent leurs coups dans l'arrière-salle de ce bar depuis toujours ! Les mafieux veulent changer leurs habitudes, c'est mal connaître Dortmunder...

En parallèle, un de leurs receleurs, Arnie Albright, les contacte. Il revient d'une cure forcée au Club Méd. Sa parentèle l'a contraint à ces vacances pour l'obliger à être plus aimable (et c'est un euphémisme!) . Aux Caraïbes, il a fait la connaissance d'un "affreux", Preston Fareweather, "assigné" à résidence dans ce paradis car à New-York l'attendent quatre ex-femmes, liguées pour le dépouiller. Si l'homme est coincé dans cet endroit paradisiaque, c'est donc que son splendide appartement (et sa collection de tableaux ) reste inoccupé : un casse en or pour nos as de la cambriole.

Et maintenant que l'action est plantée, comme d'habitude chez l'auteur, tout part en vrille pour le plus grand plaisir du lecteur ! Les actions s'enchaînent plus délirantes les unes que les autres et on se surprend à en redemander. Quoi, le livre est déjà fini ! Mince, il faut quitter Dortmunder...jusqu'à la prochaine fois.

Mort de trouille
9 août 2010

un excellent roman pour le mois d'août !

Dans ce roman, l'auteur met en scène un couple de paumés sympathiques, comme il les affectionne. Barry et Lola se sont rencontrés à la fac et depuis rêvent d'un destin en Technicolor... sauf qu'après quatorze ans de vie commune, leurs entreprises hasardeuses pour acquérir fortune et gloire se sont uniquement soldées par une montagne de dettes.

Acculés à la faillite, les deux tourtereaux décident d'escroquer leur assureur : Barry va se faire passer pour mort afin que Lola touche le pactole, à savoir les trois cents mille dollars de leur assurance-vie. L'idée est séduisante et Guerrera, le petit pays d'Amérique latine, d'où est originaire Lola semble être le lieu idéal pour disparaître accidentellement.

Plus facile à dire qu'à faire ! Donald Westlake va mener la vie dure à notre héros, Barry, dans un pays sud-américain de pacotille, plus vrai que nature. Les personnages sont comme d'habitude truculents et les péripéties aussi nombreuses que "gloussesques" : un excellent roman pour le mois d'août !