Tous, sauf moi

Tous, sauf moi

Francesca Melandri

Gallimard

  • 17 juillet 2019

    Roman un peu difficile, pour les lecteurs d'Eva dort, qui entremêle problématiques migratoires actuelles et mémoire historique .

    Tout commence à Rome, en 2010, avec l'improbable rencontre entre Ilaria et un jeune Ethiopien migrant qui porte...le même nom que son père.
    S'ensuit pour Ilaria un voyage à l'envers du côté de la biographie paternelle et des secrets de famille discrètement effacés. Franscesca Mélandri ouvre alors les pages sombres de l'histoire Italienne de Mussolini en pleine folie impérialiste et sanguinaire en lointaine Abyssinie. Elle évoque ces ''Monsieur -Tout-le Monde'' déguisés en ''chemises noires'' qui détournent les yeux et s’accommodent des carnages et des viols collectifs, signent des articles ''d’anthropologie'' délirante et biaisée et théorisent la supériorité des peaux blanches sur les peaux noires. Et continuent de vivre, oublieux, page tournée. Comment est ce possible?
    Francesca Mélandri ne juge pas, elle nomme. Et laisse infuser.

    Un livre éprouvant, intelligent et précis, comme un rempart de vigilance face aux populismes nauséabonds. Puisque, parfois l'histoire bégaie et répète à l'infini les horreurs du passé, agite les foules sans tête, les galvanise et les entraîne loin du respect d'Autrui qui fonde pourtant et nourrit notre humanité.
    Une réflexion juste et profonde. Un livre dérangeant qui mérite que l'on s'obstine, au risque d'en être meurtri. Lire, c'est cela aussi: ne pas ignorer, ne pas détourner le regard de ce qui fâche …..


  • par (Libraire)
    10 mai 2019

    Dans son oeuvre romanesque,Francesca
    Melandri décrypte l'histoire de l'Italie à travers des moments mal perçus ou oubliés.Cette fois,elle s'attaque à la colonisation de l'Ethiopie dès 1936 insufflée par Mussolini.Tout est décrit avec minutie : la cruauté des chemises noires,l'asservissement de très jeunes femmes,la lèpre qui touche cette population fragile et malmenée,la gabegie des administrations italiennes qui devaient censément construire des routes,des villes...
    Un des héros,Attilio Profeti,jeune homme gâté par la vie, s'engage dans l'idée d'apporter la civilisation à ces peuples lointains.Il ne prend pas part aux exactions mais plus perfide il donne des conseils judicieux aux conséquences effroyables,il observe sans juger même cet "anthropologue" qui collecte les mesures anthropométriques des populations et qui en tire une doctrine suprématiste. L'auteure confronte cette situation à celle de l'immigration actuelle.La fille d'Attilio découvre le passé colonialiste de son père et l'existence d'une famille qui n'a pas pu venir en Italie,le métissage étant interdit.Roman très fort,des passages d'une immense cruauté,d'autant plus cruels qu'ils sont historiquement justes.


  • 6 mai 2019

    clandestins, Italie

    Troisième et dernier volet de sa Trilogie des Pères, je n’avais lu que son précédent "Plus haut que la mer".
    L’auteure nous entraîne cette fois en Éthiopie pendant la Seconde Guerre Mondiale ainsi qu’à Rome en 2010. Attilio Profeti a mené pendant des années une double vie. Âgé de plus de 95 ans, il vit maintenant avec sa seconde femme avec qui il a eu un fils.

    De son premier mariage, sa fille Ilaria est restée très proche de lui. C’est elle qui voit un jour devant sa porte un jeune Éthiopien émigré clandestin qui déclare être le petit-fils d’Attilio Profeti.

    L’auteure nous embarque sur les traces d’Attilio, chemise noire partie en Ethiopie grâce à sa mère pour échapper au front.

    J’ai aimé la construction en spirale du récit : des détails reviennent au cours de la narration, aiguisant notre curiosité. L’explication ne viendra qu’en son heure.

    J’ai aimé découvrir cette partie de l’histoire italienne que même les Italiens connaissent peu (la colonisation n’a duré que 5 ans).

    J’ai aimé Ilaria aux idées de gauche amoureuse de Piero, l’homme politique de droite.
    J’ai appris qui était Ménélik et sa cruelle femme (clak-clak).
    J’ai aimé Attilio qui met toujours la main dans ses poches pour donner une pièce à un de ses enfants.
    J’ai découvert d’où vient l’expression « avoir du cul », car Attilio en a eu beaucoup dans sa vie…
    J’ai découvert que les Italiens aussi avaient utilisé des armes chimiques (l’ypérite) pour conquérir plus vite le pays, notamment au Mont Amba Aradam.

    Un roman social et engagé sur les vagues de migrations, les guerres et la corruption.

    L’image que je retiendrai :

    Celle de l’immeuble dans lequel habite Ilaria, dans lequel à chaque étage habite une communauté différente. Et elle, au dernier.

    Une citation :

    Il a compris maintenant que le racisme n’est qu’un jeu de miroirs, une illusion. C’est le moyen le plus efficace jamais inventé pour briser la lutte contre les inégalités – la lutte de classe, disait-on autrefois. Il sert à pousser les avant-derniers à se sentir supérieurs aux derniers, pour éviter qu’ils ne se révoltent, ensemble, contre les premiers. (p.492)

    https://alexmotamots.fr/tous-sauf-moi-francesca-melandri/


  • par (Libraire)
    1 mai 2019

    Tous sauf moi

    Un jeune éthiopien en 2010 sonne chez Illaria et demande à rencontrer Attila Profetti son grand père .La jeune femme est médusée car son père ne lui a jamais parlé de son passé africain ... Elle décide alors d’enquêter sur la jeunesse du "chanceux nonagénaire" et découvre qu'il fut membre des chemises brunes et chargé de la "pacification " de l'Abyssinie.
    L'auteur qui a écrit notamment "l'eau qui dort" nous évoque alors le fascisme, les années Berlusconi et enfin l'afflux de migrants sur les plages de Lampedusa .
    Entre les exactions colonialistes , la corruption politique ou sociale elle nous dessine une image de son pays.
    Ce roman très dense mais néanmoins passionnant nous plonge à la fois dans le passé glauque de la péninsule mais aussi nous interroge sur les enjeux majeurs qui attendent l'Italie mais aussi l'Europe à l'avenir et notamment sur la gestion des flux migratoires au sein de l'espace Schengen .


  • 10 avril 2019

    Rome, 2010. Ilaria la quarantaine voit débarquer chez elle un migrant qui prétend être son neveu. Comme tant d'autres, le jeune homme a fui l’Ethiopie pour l'Italie. Surprise et déconcertée, elle ne sait comment réagir. La carte d’identité du jeune homme indique bien qu’il porte son nom Profeti mais également le prénom de son père Attilio. Ce dernier, séducteur et charmeur, avait mené une double existence à Rome jonglant avec le foyer légal et celui de sa maîtresse. Désormais âgé de quatre-vingt-quinze ans, il n'a plus toute sa tête. Serait-il possible que la fratrie des quatre enfants soit incomplète et que son père ait un fils en Ethiopie ?

    Tout comme ses frères, elle ne connaît que la version édulcorée du séjour de son père dans ce pays avant la Seconde Guerre mondiale.
    En grattant de vernis de l'histoire paternelle, Ilaria remonte le cours de l’Histoire de l’Italie avec un pan souvent méconnu et la colonisation de l’Ethiopie. Qui est vraiment son père ? Et qui croire ?
    L’auteure aurait pu se contenter de nous raconter la quête d’Ilaria mais elle nous offre un roman puzzle à la construction éclatée. Des massacres d'Addis Abeba en Ethiopie à l'Italie de Berlusconi, elle déploie les histoires personnelles liées à cette famille et les ancre dans la grande Histoire. On découvre tout comme Ilaria le passé moins lisse de son père.

    Cette radiographie de l'Italie met la lumière sur des faits peu glorieux et horribles sous couvert de la colonisation mais également la corruption, les copinages pratiqués et la mise à nu de racines du fascisme. Sans une once de sensationnalisme, l'auteure nous expose les conditions de traversée des migrants et l'accueil qui leur est fait.

    Contrairement à Plus haut que la mer et Eva dort où l’auteure faisait preuve d’un certain lyrisme, ici l’écriture ne prend de gants et elle a gagné en puissance.
    Cette lecture prenante qui brasse l’histoire (avec des personnages pour certains bien réels) et cette famille a eu l’effet d’uppercut. On est bousculé, interloqué, poussé dans nos retranchements.

    Sans se faire donneuse de leçons, Francesca Melandri signe un grand roman époustouflant, intelligent, instructif, creusé et pertinent. Une lecture indispensable, marquante où les liens souterrains, souvent effarants, entre passé et présent se dessinent.

    https://claraetlesmots.blogspot.com/2019/04/francesca-melandri-tous-sauf-moi.html


  • par (Libraire)
    4 avril 2019

    Ilaria, jeune Romaine, voit un matin se présenter un jeune Éthiopien, prétendant être son neveu. Désarçonnée, elle se mettra à fouiller dans le passé de son père et de son pays.
    De la colonisation aux extrémismes, en passant par l'ultra-capitalisme, l'auteure mêle l'intime au collectif pour mieux confronter son pays à son histoire.
    Au vu du présent, regarder dans le rétro semble salvateur.


  • par (Libraire)
    25 mars 2019

    Une lecture indispensable, un roman splendide, l'histoire de l'Italie et celle de l'Éthiopie entrelacées, une vision du fascisme qui manque souvent.