Les oiseaux ne se retournent pas
par (Libraire)
16 juin 2020

Coup de cœur de la chouette

Amel a 12 ans. Mais sur son passeport, on peut lire « Nina ; 16 ans ». C’est que de faux papiers d’identité peuvent donner accès au vrai chemin vers la liberté, quand on vit dans un pays en guerre et qu’on a perdu ses parents. Alors pour lui donner une chance de grandir sous de meilleurs hospices, ses grand-parents l’encouragent à suivre une famille partant pour Paris, et à se faire passer pour une de leurs enfants.

Un seul mot d’ordre pour son périple : ne faire confiance à personne. Le danger est partout, différent des bombes, des soldats ; il peut prendre le visage d’une vieille dame aimable ou d’un passeur profiteur. Il peut se trouver dans la foule comme dans la solitude. Quelques fois tout de même, Amel rencontre la bonté, l’amitié, l’entraide. Et surtout, elle découvre le pouvoir de la musique et le pays des oiseaux, où l’âme et les rêves peuvent s’épanouir sans frontières, sans craintes.

Cela pourrait être le énième récit graphique de l’exil s’il n’y avait la poésie, l’onirisme et le talent époustouflant de Nadia Nakhlé. Au premier coup d’œil, on ne peut s’empêcher de penser à Persepolis, le chef d’œuvre de Marjane Satrapi, mais le trait est pourtant totalement différent. C’est un dessin d’une finesse rare, fourmillant de détails et de volutes, dans la pure lignée des contes orientaux richement illustrés.

Le noir et blanc se pare à chaque page de quelques touches de couleurs soigneusement choisies, éclatantes, qui traduisent tour à tour la tristesse, la joie, la peur, la beauté… Et bien sûr l’espoir, prédominant tout au long du récit. Le papier, épais et texturé, la qualité d’impression, rendent honneur au travail de l’illustratrice, et bien des pages nous arrêtent, le temps de plonger dans leur magnificence – il faudrait en encadrer plus d’une !

L’artiste y a d’ailleurs pensé, puisque le roman graphique fait partie d’un projet global comptant également un spectacle musical et dessiné ainsi qu’une exposition visuelle et sonore.

(Chronique d'Hélène Woodhouse, pour le Magazine Initiales été 2020)

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