Rosa candida, Roman
EAN13
9782843045219
ISBN
978-2-84304-521-9
Éditeur
Zulma
Date de publication
Collection
Littérature française
Nombre de pages
332
Dimensions
20 x 12 x 2 cm
Poids
333 g
Langue
français
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Le jeune Arnljótur va quitter la maison, son frère jumeau autiste, son vieux père octogénaire, et les paysages crépusculaires de laves couvertes de lichens. Sa mère a eu un accident de voiture. Mourante dans le tas de ferraille, elle a trouvé la force de téléphoner aux siens et de donner quelques tranquilles recommandations à son fils qui aura écouté sans s’en rendre compte les dernières paroles d’une mère adorée. Un lien les unissait : le jardin et la serre où elle cultivait une variété rare de Rosa candida à huit pétales. C’est là qu’Arnljótur aura aimé Anna, une amie d’un ami, un petit bout de nuit, et l’aura mise innocemment enceinte.

En route pour une ancienne roseraie du continent, avec dans ses bagages deux ou trois boutures de Rosa candida, Arnljótur part sans le savoir à la rencontre d’Anna et de sa petite fille, là-bas, dans un autre éden, oublié du monde et gardé par un moine cinéphile.
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Commentaires des lecteurs

22 mars 2011

Un roman lumineux

Je dois avouer que j’avais une petite appréhension à la lecture de ce roman, raison pour laquelle j’ai mis six mois à l’ouvrir malgré tous les éloges lus sur le web à son sujet. Je redoutais en effet cette mort ...

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16 janvier 2011

De la simplicité nait la beauté...

Difficile de cesser pour un moment d'être un lecteur critique qui analyse chaque phrase tout en avançant dans le récit... Et pourtant ce petit miracle arrive quelquefois. On se laisse emporter par l'histoire et les pages défilent dans un absolu ...

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1 octobre 2010

Arnljótur a perdu sa mère dans un accident de voiture. Passionné des fleurs comme sa mère, il décide de partir de la maison même si son père voudrait qu’il poursuive des études. Arnljótur , ce jeune homme de 22 ans ...

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Pour en savoir plus sur "Rosa candida"

L’Islande, qui signifie « terre de glace », est aussi une terre de feu, avec ses volcans et son tellurisme. Le roman d’Audur Ava Ólafsdóttir commence dans un paysage crépusculaire de laves couvertes de lichens. Très vite, nous subjugue cette vertu première de toute fiction qui est de suspendre en nous toute réticence, de nous mettre dans cet état de grâce de la lecture. L’empathie pour le narrateur nous met corps et âme à sa place, dans sa peau même, avec une sorte de sentiment provisoire de délivrance. Accueilli dans l’intimité d’un mode de vie guère éloigné du notre, nous faisons vite connaissance avec le garçon des roses, jeune protagoniste qui nous raconte son aventure australe avec une désopilante candeur, un naturel séraphique.

Arnljotur va quitter la maison de naissance, son frère jumeau autiste et son vieux père octogénaire. De vingt ans plus jeune, la mère est morte récemment dans un accident de voiture. Mourante dans le tas de ferraille, elle a trouvé la force de téléphoner aux siens depuis son portable et de donner quelques tranquilles recommandations à son fils qui, le premier à décrocher, aura écouté sans s’en rendre compte les dernières paroles d’une mère adorée, sans doute un tantinet new age, portée sur les sagesses orientales. Un lien les unissait : le jardin et la serre où celle-là, horticultrice émérite, cultivait dans sa roseraie une espèce rare de rosa candida à huit pétales. Le narrateur, depuis l’enfance, partageait cette passion des graines, des boutures et des surgissements floraux. Le jardin est bien pour lui une figure de l’éden, du paradis perdu, avec une mère en Eve tutélaire (et un père plutôt en saint Joseph). C’est dans cette serre que le jeune Arnljotur aura aimé Anna une amie d’un ami, un petit bout de nuit, et l’aura mis innocemment enceinte. Anna, étudiante en biologie, vit sa vie et se rappelle à lui. Notre candide qui s’interroge tellement sur le corps, la mort et les roses reverrait volontiers le bébé et sa mère. Prêt à aimer toute manifestation de vie en saint François des fleurs. C’est qu’il ne connaît pas la faute et cherche seulement la chaleur des choses.

Tout commence à vrai dire avec un départ. D’une simplicité de cœur adamique, le jumeau dépareillé pourtant doué pour les études ne rêve que d’une vie de jardinier de l’éden. Et sur le continent, dans un pays hyperboréen voisin, il y a une roseraie légendaire rattachée à un ermitage qui demande à être sauvée de l’abandon. En route pour cette destination, avec dans ses bagages deux ou trois rosa candida de sa mère en pots, Arnljotur part sans le savoir à la rencontre d’Ana et de sa petite fille, là-bas, dans un autre éden oublié du monde et gardé par un moine cinéphile. D’une tendre cocasserie qui surprend par l’étonnante justesse de ton donnée à la narration d’un jeune homme infiniment naïf, lequel semble n’avoir aucunement hérité des valeurs viriles, ce roman de l’Islandaise Audur Ava Olafsdottir offre une immersion onirique dans un univers comme dédramatisé par la toute présence des fleurs, des roses en particulier, de cette merveille florale qui s’empare de la narration et s’étend aux êtres et aux lieux.

Le héros candide de cette histoire, si affectueux avec ses roses et son nourrisson conçu comme elles dans une serre, se vit avec une étrange plénitude féminine, à l’image de sa mère morte, peut-être, dans l’accueil et l’acquiescement. D’un réalisme sans affèterie, tout l’art d’Audur Ava Ólafsdóttir réside dans le décalage du personnage, si éloigné des clichés du héros mâle dépressif à la mode, jeune homme pétri d’une sensibilité d’ordinaire attribuée aux femmes. Cette insolite justesse psychologique, étrange comme le jour austral, s’épanouit dans un road movie en forme d’initiation à la vie adulte dont notre héros sort plus ingénu que jamais, avec son angelot sur le dos.

Petit lexique thématique de Rosa candida

Arbre
« Est-ce qu’un homme élevé dans les profondeurs obscures de la forêt, où il faut se frayer un chemin au travers de multiples épaisseurs d’arbres pour aller mettre une lettre à la poste, peut comprendre ce que c’est que d’attendre pendant toute sa jeunesse qu’un seul arbre pousse ? »

Biologie végétale
« Nous devions sans doute causer de biologie végétale et avant que j’aie pu m’en rendre compte, nous étions en train de nous déshabiller. Tout le reste est resté flou dans ma mémoire. Il m’a semblé pourtant voir brièvement une lueur dans la nuit, étrangement près, comme s’il faisait jour au niveau de la congère. Cela a donné l’espace d’un instant une clarté aveuglante dans la serre, la lumière s’est frayé un chemin à travers les plantes et a dessiné un motif de feuilles sur le corps de mon amie. J’ai écarté les pétales de rose de son ventre et au même instant, nous avons senti nettement tous les deux un courant d’air, comme le bruit d’un ventilateur qu’on aurait allumé. »

Corps
« Ma perception des passants en tant que corps me dérange et si je n’y mets pas bon ordre, elle pourrait m’empêcher d’avoir des relations normales avec les gens et d’apprendre leur idiome comme j’en ai l’intention. Je prends toutefois bien soin de ne heurter personne, car je ne saurais demander pardon dans cette nouvelle langue. Maman était d’ailleurs comme ça, tout axée sur le contact physique, elle me tenait toujours quelque part quand nous nous parlions. J’avais du mal à rester tranquille quand j’étais enfant, j’avais la bougeotte. »

Destin
« Et s’il m’arrivait, à moi aussi, de croiser mon destin sur la même route ; disons que je rentrerais dans un arbre et bousillerais la voiture ; le pare-brise se briserait sur l’actrice et moi et nous péririons ensemble, côte à côte. À quoi penserait Anna, la mère de mon enfant, quand elle apprendrait la nouvelle ? On retrouverait peut-être un petit quelque chose dans la forêt, la scène finale, détrempée, de la Maison de poupée ; les sauveteurs oublient toujours quelque chose. Ou bien, ce qui serait tout aussi vraisemblable, quelqu’un mettrait les feuillets dans mon sac en plastique et papa recevrait ces papiers mystérieux qu’il ne comprendrait pas. »

Épilobe
« — Il y a des épilobes roses qui poussent, par-ci par-là, sur la grève de sable noir. Je trouve qu’il est important qu’une personne élevée au milieu de la forêt comprenne précisément cela, qu’une fleur puisse pousser ça et là, toute seule sur une dune de sable noir et parfois dans le canyon d’une rivière, toute seule là aussi. Dès que je nomme l’épilobe, je deviens un peu sentimental.
— Est-ce qu’on les cueille, ces fleurs-là ? »

Hasard
« Ce que moi j’appelle hasard ou occasion, selon le cas, est pour papa un élément d’un système complexe. Trop de coïncidences, ça n’existe pas, une à la rigueur, mais pas trois ; pas de coïncidences qui se répètent en série, dit-il : l’anniversaire de maman, la date de naissance de sa petite-fille et le jour de la mort de maman, tout ça le même jour du calendrier, le sept août. Pour ma part, je ne comprends pas les calculs de papa ; d’après mon expérience, c’est justement quand on se met à escompter quelque chose de précis, que toute autre chose arrive. Je n’ai rien contre la marotte d’un électricien à la retraite à condition que ses calculs n’aient rien à voir avec ma négligence en matière d’utilisation des préservatifs. »

Infini
« Comment dit-on infini ? Si je pouvais dire infini, je pourrais mener la conversation vers des domaines abstraits. La comédienne me tend la perche.
— Intemporel ?
— Non, pas tout à fait.
— Immortel ?
— Oui, je crois, dis-je, immortel.
— Cool, dit-elle.
Il me vient alors à l’idée que je pourrais aussi évoquer l’effet d’imprimer dans la neige craquante les premiers pas du jour. »

Mousse
« — Parle-moi de quelque chose de ton pays.
— Mousse.
— C’est gentil.
À peine ai-je prononcé le mot mousse, que je sais me trouver dans le pétrin. Ce n’est pas possible d’étirer la mousse en sujet de conversation. Je pourrais tout au plus énumérer les espèces de mousses, mais ça ne serait guère un échange.
— Elle est comment, la mousse ?
Si j’avais accès aux mots, je dirais à cette étoile montante du cinéma que la mousse est une éponge filandreuse, qu’on met du temps à parcourir car si les dix premiers pas se font sans peine, quand il s’agit de traverser un vaste champ de lave couvert de mousse, c’est comme marcher toute la journée sur un tapis de gymnastique. Ça fait mal au tendon d’Achille de s’enfoncer dans la mousse pendant quatre heures d’affilée, ça peut représenter plus de courbatures que de grimper en haut d’une montagne. Si l’on arrache de la mousse, une plaie se forme dans le sol et la terre s’envole en poussière. Je serais tout disposé à lui dire quelque chose d’inhabituel, que personne ne lui aurait dit avant moi, mais mes capacités linguistiques ne permettent pas le moindre panache et si je mentionnais les nuances de la mousse et son odeur après l’averse, je serais dans le registre des sentiments, comme un homme qui va se fiancer. Je ne vais pas me laisser aller à lui avouer quoi que ce soit, c’est pourquoi je n’en dis pas plus que ce que je maîtrise en grammaire :
— Une plante qui est comme un tapis de gymnastique. »

Rose
« — Rosa gallica, rosa mundi, rosa centrifolia, rosa hybrida, rosa multiflora, rosa candida, énumère frère Matthias.
Tandis que je le parcours avec lui, « Le Merveilleux Jardin des Roses Célestes », tel qu’il est nommé dans les vieux livres, prend corps peu à peu dans mon esprit. Il va falloir commencer par arracher les mauvaises herbes et tailler les plantes — ce qui pourrait prendre deux semaines en travaillant dix heures par jour ; ensuite il faudra élaguer et planter à nouveau. Je choisis déjà un endroit abrité et ensoleillé pour la nouvelle espèce de rose que je vais ajouter. Elle ne sera peut-être pas très visible au début et ne fleurira pas tout de suite, mais ici sont justement réunies les conditions et la lumière pour qu’une nouvelle variété de rose inconnue se mette à pousser dans le terreau fertile. Il n’est pas possible de s’en remettre plus longtemps aux fioles de l’hôpital, on ne peut cultiver éternellement la vie dans du coton. Je décide de ne pas tarder davantage à mentionner la rose à huit pétales qui se trouve sur la tablette de la fenêtre de la pension, et je sors la photo d’une rose épanouie dans une serre. »

Roseraie
« La plus célèbre roseraie du monde n’est plus que l’ombre de ce qu’elle était, comme frère Thomas me l’avait répété d’ailleurs trois fois. Dalles et sentiers sont ensevelis sous les mauvaises herbes, les rosiers des plates-bandes se sont emmêlés inextricablement. Il y a eu jadis une pièce d’eau au milieu du jardin, avec de la pelouse et des bancs. Bien que la négligence et l’abandon sautent aux yeux partout, je reconnais le jardin aussitôt, d’après les dessins. »

Serre
« Je suis bien obligé de me demander comment deux personnes, qui ne se connaissent pas, ont pu faire pour fabriquer un enfant aussi divin dans des conditions aussi primitives et inadéquates que celles d’une serre. Il s’en faut de peu que je n’éprouve du remords. Plein de gens ont tout juste, se courtisent de manière constructive, accumulent peu à peu les biens du ménage, fondent un foyer, ont la maturité nécessaire pour résoudre leurs différends, paient leurs traites à échéance et n’arrivent quand même pas à fabriquer l’enfant dont ils rêvent. »

Trou
« Une fois dans mon lit, entre les draps propres, avec un livre sur la langue que l’on parle autour de moi, je me sens terriblement seul. À vrai dire, je ne comprends pas ce qui m’a pris de venir ici, dans ce trou perdu. J’arrange l’oreiller et m’allonge de manière à pouvoir regarder par la fenêtre dans la nuit noire. Si je ne m’abuse, c’est la pleine lune. J’inspecte mieux le firmament ; il n’y a pas à s’y tromper, la lune est d’une grosseur inquiétante et elle est beaucoup trop proche ; quant à mes étoiles natales, elles ont disparu de la carte, elles ne luisent nulle part ; on voit à leur place d’autres astres hostiles, une configuration stellaire inconnue, un schéma nouveau, indéchiffrable, inscrit sur la noire voûte céleste. »

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